
Lorsque Anvers devint un poste frontière de l'Empire Germanique vers 970, on y construisit des fortifications en bois, qui furent ensuite remplacées par un château fort en pierre (le Steen) avec des remparts. Anvers devint alors margraviat (comté de frontière) du Saint Empire Romain de la Nation Germanique. L'Escaut constituait la frontière et sur l'autre berge commençait le comté de Flandre. Au sud d'Anvers, le saint Norbert établit au XIIe siècle l'abbaye Saint-Michel. Les chanoines de la petite église qui s'y trouvait se déplacèrent vers le nord de la ville et fondèrent une nouvelle paroisse, avec au centre une église Notre-Dame, ancêtre de la cathédrale Notre-Dame. La ville, qui faisait maintenant partie du duché du Brabant, continua à se développer en vagues concentriques avec une succession de remparts qui sont encore visibles dans la topographie de la ville.
C'est ce centre culturel et commercial que le Florentin Lodovico Guicciardini décrit comme 'la plus belle ville du monde'. Quelques grands noms de l'époque : Quinten Metsys et Breughel, l'imprimeur Plantin, les humanistes et hommes de science Lipse, Mercator, Dodoens et Ortelius. Mais pendant la deuxième moitié de ce siècle, la ville fut le théâtre d'une lutte politico-religieuse entre le Nord protestant et la très catholique Espagne, lutte dont les creux de vagues sont l'Iconoclastie (1566), la Furie Espagnole (1576) et finalement la Chute d'Anvers (1585).
Après la Chute, la ville retomba sous l'autorité de Philippe II et les Pays-Bas septentrionaux fermèrent l'accès à l'Escaut. Ce fut naturellement une catastrophe économique pour la ville, désertée non seulement par les protestants, mais par son élite commerciale et intellectuelle. Des 100.000 habitants qu'elle comptait en 1570, il ne restait plus que quelque 40.000 en 1590. Son âge d'or dura pourtant jusqu'à la moitié du XVIIe siècle, avec des peintres comme Rubens, Van Dyck, Jordaens et Teniers, les familles de sculpteurs Quellin et Verbrugghen, les imprimeurs Moretus et les célèbres facteurs de clavecins anversois.
De 1650 au XIXe siècle, il n'y a rien de bien passionnant à signaler à propos d'Anvers. L'Escaut resta fermé et la métropole devint une ville de province. Sous l'autorité autrichienne (1715 - 1792), Jozef II tenta sans succès de libérer le fleuve manu militari. L'Escaut ne fut réouvert qu'en 1795, sous l'occupation française, mais cette fois c'est à un embargo anglais que se heurtaient les navires. Rien d'étonnant quand on sait que Napoléon considérait le port d'Anvers comme un 'pistolet dirigé sur le cœur de l'Angleterre'. Anvers doit à la période française (1792 - 1815) l'ébauche d'un port moderne, mais en même temps, son patrimoine culturel dut à subir le pillage et la destruction. Un moment, il fut même question de démolir la cathédrale.
Après la défaite de Napoléon à Waterloo (1815) suivit une brève réunification avec les Pays-Bas septentrionaux et une période d'essor tout aussi brève, qui s'acheva avec la Révolution Belge (1830) et une nouvelle fermeture de l'Escaut. La navigation fut définitivement libre en 1863 seulement. C'est alors que commença la troisième époque d'épanouissement pour Anvers.
En excluant les périodes noires des deux guerres mondiales, le XXe fut pour Anvers un siècle de croissance continue. Au niveau culturel, la ville eut même un extraordinaire rayonnement international en 1993, lorsqu'elle fut choisie comme Capitale Culturelle de l'Europe. Cette manifestation lui valut une reconnaissance mondiale de sa richesse historique et contemporaine, richesse dont vous êtes aujourd'hui l'heureux bénéficiaire. Anvers a en effet quelque chose à offrir à tous.